Aux origines du regard sculptural d’Arson
Certains moments très simples de formation peuvent orienter durablement la manière dont un artiste regarde la forme. Avant même toute œuvre, il existe parfois une première expérience qui révèle une manière d’aborder le volume et l’espace.
Cette expérience remonte pour moi à mes années aux Beaux-Arts.
Une étude du volume aux Beaux-Arts
L'étude d’un cube dissocié et recomposé
Certaines recherches très simples marquent durablement la manière dont on regarde la forme. Pour moi, l’une des premières remonte à mes années aux Beaux-Arts. Un exercice proposé aux élèves consistait à partir d’un cube parfait, à le dissocier, puis à trouver un moyen de le reconstituer exactement. L’objectif était avant tout de comprendre la logique du volume, les relations entre découpe et assemblage, et la manière dont un objet géométrique élémentaire peut être transformé sans perdre son unité. Chaque étudiant pouvait imaginer sa solution. Certains ont abordé l’exercice comme un puzzle géométrique, cherchant simplement à fragmenter le cube avant de le recomposer. Ma recherche s’est orientée différemment. Plutôt que de produire une série de fragments distincts, j’ai cherché à obtenir une forme pouvant fonctionner comme une entité reproductible. Le fragment issu du cube devait permettre de reconstituer le volume initial, tout en possédant une identité volumétrique autonome.
L’idée

Croquis préparatoire – étude du volume aux Beaux-Arts
Le croquis permettait d’explorer les différentes possibilités de découpe du cube et d’imaginer les relations d’assemblage entre les fragments. Il s’agissait avant tout de trouver une logique permettant au volume initial d’être dissocié tout en restant capable de se recomposer parfaitement.
Le module

Maquette 3D cotée du module, réalisée à partir du schéma de l’étude du volume aux Beaux-Arts.
Le principe

Le cube fut réalisé à l’époque en carton plié afin de démontrer ce principe d’assemblage. Par la suite, un module unique fut conservé et réalisé en PVC. Cet élément simple constitue aujourd’hui encore le témoin de cette recherche.
Très vite, une intuition s’est imposée : si ce fragment pouvait reconstruire le cube, il pouvait aussi être répété, inversé ou combiné pour produire d’autres structures. L’exercice de géométrie volumétrique révélait ainsi la possibilité d’un principe plus large : une forme simple peut contenir le potentiel d’un système spatial.
Cette manière d’aborder la forme — non seulement comme un objet isolé mais comme un principe génératif — rejoint certaines recherches développées dans l’art et l’architecture du XXᵉ siècle.
Dans la sculpture minimaliste, Donald Judd ou Sol LeWitt ont exploré la puissance des modules et des structures répétitives. Dans le domaine architectural, des penseurs comme Buckminster Fuller ont étudié la capacité d’un module simple à générer des ensembles complexes.
Bien que modeste, cette étude constitue pour moi un point de départ. Elle révélait déjà une manière particulière d’aborder la sculpture : non seulement comme un travail de la matière, mais comme une organisation du volume dans l’espace.
Au fil des années, mon parcours professionnel m’a conduit loin de la pratique artistique. Les nécessités de la vie et les responsabilités ont longtemps laissé peu de place à la création. Lorsque j’ai repris mon travail de sculpture, plusieurs décennies plus tard, cette première réflexion sur le volume et la structure est restée présente, presque intacte. Avec le recul, je comprends que cette étude de cube contenait déjà une manière d’aborder la forme : chercher dans un volume simple une logique interne, une organisation possible de l’espace. Si mon travail actuel explore d’autres thèmes et d’autres matériaux, cette attention portée à la structure du volume demeure une constante. D’une certaine manière, cette recherche ancienne continue d’éclairer mon regard : celui d’une sculpture qui ne se limite pas à la matière, mais qui organise aussi l’espace qu’elle occupe. Aujourd’hui, il ne subsiste qu’un module de cette recherche. Pourtant, cet objet discret conserve encore toute la logique de l’étude initiale : celle d’un cube qui, une fois dissocié, révèle la possibilité d’un système.
Module conservé de l’étude réalisée aux Beaux-Arts.
